16.10.2010
L’arme secrète d’Obama pour remporter le Congrès en novembre
Si les élections de mi-mandat des États-Unis avaient lieu aujourd'hui, il n'y aucun doute sur leur issue : Barack Obama perdrait la majorité au Congrès, à la fois à la Chambre des représentants et au Sénat. Il se pourrait même que les Républicains puissent atteindre une majorité de 60% au Sénat, auquel cas toutes les initiatives du Président devront recueillir leur accord pour être prises en considération. Le pays serait donc voué à un certain immobilisme pendant les deux dernières années du mandat de Barack Obama, en pleine tourmente économique.
Les choses vont en effet assez mal pour les É-U en ce moment :
Après un PIB poussé à 3,2 % au premier trimestre 2010, cette montée inattendue étant entachée du fait qu'elle comprenait une reconstitution des stocks pour 1,6 %, les statistiques de toutes les principales données économiques n'ont pas arrêté de fluctuer dans les deux sens jusqu'à aujourd'hui, soulignant une fragilité préoccupante de l'économie.
Assurées dangereusement par la FED, les injections massives de liquidités n'ont pas réussi à faire décoller l'économie, mais ont, par contre, augmenté la dette extérieure du pays dans des proportions menaçantes pour son avenir.
Échaudés par la crise de l'endettement, les particuliers se sont sagement abstenus de consommer, préférant rembourser leurs dettes en portant leur épargne mensuelle de 0 % à 6,7 % depuis l'éclatement de la crise. Le plan de relance de Geithner et de Bernanke reposait sur l'idée que la consommation repartirait si on arrosait la population de liquidités. C'était sans doute une mauvaise appréciation des choses, car les Étasuniens se sont montrés plus sages que leurs dirigeants.
Le NBER (Bureau américain des recherches en économie) vient d'annoncer que la crise est terminée depuis juin 2009, mais depuis, le nombre des chômeurs n'a pas cessé de progresser, et le Congrès a dû prolonger la durée officielle du chômage indemnisé pour des centaines de milliers de chômeurs, sans quoi ils auraient été obligés de faire appel à la charité publique, eux et leur famille. D'ailleurs, le Bureau du recensement a annoncé le 16 septembre que 43,7 millions de personnes aux É-U, vivaient actuellement sous l'indice de pauvreté, soit presque 15 % de la population totale. Avant la crise, le pays se plaçait déjà au 17e rang sur 18 dans le classement des pays développés pour l'indice de pauvreté. Ils en occupent très certainement la dernière place aujourd'hui.
En août 2010, les saisies immobilières ont atteint le nombre record de 95 364, soit 25% de plus qu'en août 2009 et 3% de plus que le mois précédent, en dépit des facilités bancaires édictées par l'État au début de la crise.
Ne parlons même pas du déficit commercial qui perdure de mois en mois, ni de la baisse des prévisions économiques de l'OCDE pour les É-U en 2010 à 1,5 %, soit deux fois moins que la même prévision faite en mai.
Et pour finir, la confiance du consommateur américain s'est dégradée davantage qu'on ne l'anticipait en septembre. L'indice du Conference Board, paru le 27 septembre, ressort à 48,5 contre 53,2 en août, soit le plus mauvais chiffre depuis le début de la crise, ce qui laisse présager un vote assez négatif pour les Démocrates le 2 novembre. Depuis, l'augmentation du chômage de septembre avec 195 000 nouveaux inscrits ne peut qu'avoir creusé cet indice.
Les rats quittent le bateau qui prend l'eau
Sur un autre plan, le vide se fait actuellement autour du président Barack Obama. Le directeur du budget, Peter Orszag est parti en juin. Christina Romer, présidente du conseil économique de la Maison Blanche a rendu son tablier le 3 septembre. La démission de Herbert Allison, sous-secrétaire adjoint au Trésor, chargé de la stabilité financière, a été annoncée le 22. Enfin, la cerise sur le gâteau : Larry Summers, principal conseiller économique du Président, a démissionné le 21 septembre. On n'en connaît pas encore la raison exacte. Des rumeurs divergentes circulent à son sujet
Larry Summers était un personnage important, jouissant d'une forte réputation, il passait pour un brillant économiste. Son départ sera probablement considéré comme un échec économique pour le Président et pour lui-même.
Il fut le principal concepteur du plan de relance de 780 milliards de dollars que Barak Obama fit voter par le Congrès après sa prise de fonction à Washington. Il a également présidé à l'élaboration du plan de réforme des marchés financiers, souvent en opposition avec Tim Geithner, le Secrétaire au Trésor, et avec Paul Volcker, ancien Président estimé de la Fed, appelé à ses côtés par Barack Obama il y a quelques mois.
Il est enfin à noter que Larry Summer fut le Secrétaire au Trésor de Clinton de 1999 à 2001, et à ce titre, l'un des artisans de la dérégulation financière dont les excès furent à l'origine de la crise actuelle. À ce titre, on peut s'étonner que Barack Obama ait pensé à lui confier un poste aussi important dans son équipe.
Mais ça a continué. À son tour, Rahm Emanuel, le Secrétaire général de la Maison Blanche, part, et on annonce le départ de David Axelrod, le principal conseiller politique d'Obama, ainsi que celui de toutes les grosses têtes du Pentagone, à commencer par le ministre de la Défense, Robert Gates.
Enfin, à la veille de la publication du présent article, on annonce que l'une des plus grosses pièces de l'équipe d'Obama va également partir : Le Conseiller de Barack Obama pour la sécurité nationale, le général quatre étoiles du corps des Marines, James Jones.
Devant cette hémorragie, les questions se pressent dans les milieux politiques. Pourquoi tous les membres du premier cercle du Président partent-ils ? Trop certains de l'échec des élections du 2 novembre ? Désapprobation de la politique suivie par Obama ? Désir de ne plus être là si la crise reprend avec une vigueur nouvelle, comme elle semble effectivement pointer à l'horizon ?
Dans les milieux politiques de Washington, on soutient que ce sont des départs habituels, car les présidents renouvellent toujours plusieurs fois leur équipe au cours de leur mandat. C'est effectivement vrai, mais cette fois le contexte est fort différent. Les É-U sont à quelques semaines des élections de mi-mandat, alors qu'Obama est déjà en difficulté et les perdra très probablement, se trouvant alors pieds et mains liés aux Républicains.
De la part de l'équipe au pouvoir depuis près de deux ans, se sauver ainsi avant les élections n'est ni correct vis-à-vis de leur Président, ni naturel de la part de tous ses anciens collaborateurs. On dirait que tous ces politiciens veulent s'écarter d'Obama pour ne pas être pris dans la tourmente politique qui pourrait bien naître aux É-U après le 2 novembre. Ni être associé à son échec, à la fois économique et stratégique. Væ victis !
Il y a anguille sous roche. Jusqu'ici, rien n'a filtré des vraies causes de cette débandade. Je soupçonne qu'elles doivent être assez graves. On en saura sans doute davantage dans le courant du mois de novembre.
Jusqu'ici, tant les Étasuniens que les Européens pensaient que le monde traversait une crise bien ordinaire, comme il y en avait eu tant d'autres auparavant, et qui, en utilisant les vieilles recettes, allait se résoudre aisément en 18 mois avant que la croissance ne reprenne, cette " fameuse croissance " après laquelle tout le monde court, et qui s'entête à ne pas redémarrer malgré les grosses têtes qui s'empressent à son chevet !
Une nouvelle phase désagréable vient cependant de surgir, qui n'augure rien de bon :
La crise de l'or et la bataille des devises
Le dollar était réputé inoxydable, et voilà qu'il s'oxyde.
Depuis des années, le dollar dominait le monde et passait pour une valeur de refuge. Lorsque les choses allaient mal sur la planète, tout le monde achetait du dollar ou des bons du Trésor des É-U. Même pendant la crise actuelle, la valeur du dollar montait, même lorsque les mauvaises nouvelles s'accumulaient, emploi, consommation, balance commerciale, etc. Je ne parvenais pas à comprendre cette logique que je trouvais anormale. Je n'ai compris que très récemment, qu'au fil des années, depuis 65 ans, le dollar était devenu un mythe. Il ne reste plus aujourd'hui que très peu de personnes dans le monde qui se souviennent du dollar de 1942, avant Pearl Harbor. Il se trainait alors de peine et de misères depuis 1929, sans parvenir à se stabiliser. Mais entre temps, les É-U ont gagné la Seconde Guerre mondiale, et ont pu imposer leur volonté aux vaincus et à leurs propres partenaires à la limite de la faillite. De là vient la différence avec ce qui se passe aujourd'hui.
Avant cette époque, lorsque les monnaies vacillaient, les réflexes étaient immédiats : on achetait de l'or. C'était la valeur refuge de l'époque. On l'a oublié, tant la confiance dans l'Amérique et son pouvoir a sacralisé sa monnaie si particulière, sans que l'on se souvienne que les devises, comme les empires, sont mortelles.
Et voilà que les choses semblent avoir changé, lentement, sans bruit. Le dollar a été miné par la crise. Tout le monde sait aujourd'hui que l'Amérique fabrique des milliards de dollars virtuels qu'elle ne gagne pas, et qu'elle fait donc courir ainsi des dangers immenses à toutes les valeurs portant le mot "dollar". Alors, assez brusquement, l'or est sorti de son incognito. Après avoir grignoté très progressivement la pente de la hausse, passant d'environ 500 $ l'once il y a une quinzaine d'années, à seulement 1088 $ en clôture le 24 mars de cette année, l'or a touché le cours de 1380 $ le 13 octobre, soit une hausse de 27 % en six mois.
Confirmant ce phénomène de retour de l'or, redevenu valeur refuge, des personnalités du monde des finances qui snobaient l'or jusqu'ici, se jettent maintenant dessus pour mettre leurs capitaux à l'abri. Soros se déleste le plus silencieusement possible de ses actions pour les convertir en or et en actions de mines d'or. Même chose pour John Paulson, propriétaire du fonds Paulson, autre milliardaire, qui aurait investi le tiers de ses 35 milliards de dollars d'actifs dans l'or et les mines d'or.
Avec de tels parrains, qui ne sont probablement pas les seuls à avoir changé leur fusil d'épaule, la chute du dollar est désormais enclenchée. Depuis le 21 juin, le dollar a perdu près de 11,7% sur l'euro, plus de 9,9% sur le yen, plus de 4,6% sur la livre, pourtant en difficulté économique grave, 13,3% sur le franc suisse, et seulement 2% sur le yuan en à peine deux mois.
Dans ces conditions, on peut comprendre que les Républicains et l'opinion étasunienne en général soient agressivement hostiles à ce que la Fed continue à faire fonctionner la planche à billets du dollar, probablement la cause de tout ce remue-ménage, et provoque dans le monde des initiatives dont l'oncle Sam aura bien du mal à se féliciter.
Deux indices permettent de se rendre compte qu'il existe une intense activité de concertation dans toutes les chancelleries autour du monde et toutes les banques centrales pour trouver une solution à l'instabilité du dollar et à la volatilité des changes, ennemis jurés des entreprises exportatrices. Cette concertation se fait medio voce, car tous les gouvernants du monde craignent les réactions du lion blessé. On se parle encore par chuchotements.
Il faut se rappeler qu'en pleine crise grecque, le 24 avril de cette année, le président Sarkozy se trouvait chez Hu Jintao, le Président chinois. Il n'y eut pas de communiqué officiel après cette rencontre, mais des détails ont filtré. Les présidents parlèrent de la crise grecque, encore en cours et non résolue, mais aussi de la crise monétaire, de l'instabilité du dollar, de la dette étasunienne et bien entendu de coopération.
On était loin de la brouille que Sarkozy avait stupidement créée en se mêlant d'affaires intérieures à la Chine, notamment sur la question du Tibet. On sait que Hu Jintao et Wen Jiabao promirent à Sarkozy le soutien de la Chine dans la crise grecque et la crise financière européenne.
Cinq mois après, deux indices majeurs sont à considérer :
1) Le 2 octobre débarquait à l'aéroport d'Athènes une forte délégation chinoise conduite par le Premier ministre chinois, Wen Jiabao, qui fut accueillie par le président grec, Georgios A. Papandreou.
Elle était composée du gouverneur de la banque centrale chinoise, Zhou Xiaochuan, du président du groupe chinois Cosco (China Ocean Shipping Company), Wei Jiafu, et de quelques ministres et hommes d'affaires chinois.
Wen Jiabao déclara : "La Chine va faire un grand effort pour soutenir les pays de la zone euro et la Grèce, afin de dépasser la crise économique internationale... La Chine participera à l'achat de nouvelles obligations grecques lorsqu'elle en aura besoin.
Dans la pratique, les échanges commerciaux entre les deux pays doubleront à 8 milliards de $. La Chine fera du port du Pirée le centre de transit commercial des importations chinoises à destination de l'Europe. Les investissements nécessaires seront fournis par la Chine. Le groupe Cosco augmentera progressivement le nombre de conteneurs nécessaires, créera un centre logistique de marchandises, ainsi qu'un centre de loisirs et de tourisme.
Onze autres accords commerciaux privés furent signés, et les armateurs grecs commandèrent six navires à la Chine.
Athènes et Pékin signèrent deux accords-cadres, l'un sur le développement des investissements chinois en Grèce, et l'autre sur leurs échanges culturels. Enfin, la Chine créera un fonds de 5 milliards de $ pour soutenir l'ensemble du projet. Détail significatif : seules les presses grecque et chinoise furent conviées aux manifestations.
Je laisse le lecteur apprécier.
2) Le Président français, Nicolas Sarkozy, prendra la Présidence du G20 le 12 novembre pour un an, assisté par la Chine (dix jours après les élections américaines de mi-mandat). Il prépare actuellement cet évènement avec beaucoup de soin. L'AFP vient de fournir quelques détails sur cette préparation, rapportés par les sites du Financial Times et du Wall Street Journal. Le Président français, en accord avec le président chinois
Le temps se couvre indiscutablement pour les É-U et en particulier pour son Président.
COMMENT VA-T-IL POUVOIR SE TIRER D'AFFAIRE ?
Que va donc faire Obama pour conserver solidement les mains sur le gouvernail des États-Unis, après les élections du 2 novembre, sans doute défavorables au Président et au parti démocrate ?
Qu'a fait Mussolini en 1935, lorsqu'il s'est trouvé à la tête d'une nation en faillite ? Il a envahi l'Abyssinie. Obama doit penser la même chose, mais vise plutôt l'Iran que l'Abyssinie. Voyons cela de plus près.
Pourquoi Obama déclencherait-il une agression contre l'Iran ? Les motifs ne manquent pas, mais il faut surtout se souvenir que de toute l'histoire des É-U, jamais au cours d'une guerre en cours les électeurs étasuniens n'ont voté contre le président en exercice. Ils se regroupent tous derrière leur Président en bons patriotes qu'ils sont et lui apportent leur appui.
Dès l'attaque contre l'Iran, Barack Obama deviendra immédiatement inattaquable et remportera les élections si cette attaque intervient avant le 2 novembre.
L'hypothèse d'une agression prochaine de l'Iran par les É-U.
Plusieurs indices nourrissent cette hypothèse.
Depuis plusieurs mois déjà, la 5ème flotte étasunienne s'est déployée au large des côtes iraniennes, près du détroit d'Ormuz, en face des positions de l'armée des Gardiens de la Révolution iranienne, sous le prétexte de contrôler les approvisionnements militaires du pays. Elle comprend deux porte-avions avec leur accompagnement habituel de navires qui les protègent, ainsi que plusieurs unités de la marine israélienne.
Le plus important porte-avion nuclaire étasunien, le Truman, a rejoint la flotte du Golfe, à laquelle se sont ajoutés également le bâtiment d'assaut amphibie USS Nassau, les navires de débarquement USS Mesa Verde et USS Ashland. Tous ces navires possèdent chacun plusieurs navires d'escorte.
10 000 marines se trouvent à bord des porte-avions, qui abritent plusieurs centaines d'avions de combat de plusieurs catégories. Des commandos sont transportés dans les navires de débarquement (http://sos-crise.over-blog.com/article-deploiement-mariti...). Les sources de ces informations sont israéliennes (site Debka).
Il est évidemment impossible de savoir si cette armada a pour but d'effrayer le pouvoir iranien, afin de le faire obtempérer aux exigences des É-U et de ses alliés occidentaux en matière nucléaire, ou d'attaquer effectivement l'Iran de manière à en détruire les sites d'enrichissement de l'uranium, et accessoirement de mettre fin au régime des mollahs.
Compte tenu de la proximité des élections de mi-mandat des É-U, je penche personnellement plutôt vers l'hypothèse d'une agression effective.
Les sanctions votées le 9 juin 2010 par la résolution 1929 constituent une préparation à une telle intervention militaire. L'article 36 de la résolution prescrit au directeur de l'AIEA ( Agence Internationale de l'Énergie Atomique ) "de présenter dans les 90 jours au ... Conseil de sécurité un rapport concernant la suspension complète et durable par l'Iran de toutes les activités mentionnées dans les résolutions... et dans la présente résolution".
L'article 37 stipule... "Au cas où il ressortirait du rapport... que l'Iran n'a pas appliqué les dispositions des résolutions... et de la présente résolution, il adoptera, en vertu de l'article 41 du chapitre VII de la charte des Nations Unies, toutes autres mesures...".
Or le titre de ce chapitre VII est " Action en cas de menace contre la paix, de rupture de la paix et d'acte d'agression ". Ce sont précisément les articles de ce chapitre qui permettent notamment l'entrée en guerre, et qui ont été utilisés, par exemple, pour la guerre de Corée.
Le délai de 90 jours pour le dépôt du rapport demandé à l'AIEA expirait le 6 septembre. Aucune information au sujet de ce rapport ne semble avoir été diffusée. Or, on peut dans une certaine mesure parier qu'il a effectivement été déposé, du seul fait que l'Iran a rejeté la résolution 1929 et que la tâche de l'AIEA était forcément rapide. Il y a de quoi s'étonner du mutisme des chancelleries occidentales.
Mais les six membres permanents ayant voté la résolution 1929 étaient présents à Washington le 19 octobre aux réunions du G7 et du G20 pour tenter d'éviter une guerre des monnaies, ce dont on parle beaucoup depuis plusieurs jours. Je ne doute absolument pas qu'ils aient joué les prolongations, dans le secret, pour discuter du rapport de l'AIEA et en tirer les conséquences.
On tire à pile ou face ?
Pour ma part, je suppose qu'aucun de ces puissants messieurs n'a envie de ressusciter le pouvoir du parti Républicain aux É-U. Alors, ce sera la guerre.
La récente alerte adressée par les É-U et la Grande-Bretagne à leurs citoyens voyageant en Europe d'être extrêmement prudents dans leurs voyages en France et en Allemagne, car des menaces terroristes sont dans l'air, me semble l'équivalent des fameuses armes de destruction massive de Bush fils pour attaquer l'Irak.
Ce serait en quelque sorte une phase de préparation psychologique de l'opinion au passage aux actes, et l'occasion pour sortir le fameux rapport en l'associant à ces menaces, même si l'Iran n'a jamais commis d'actes terroristes en Europe. Pour la majorité des Occidentaux, un Iranien, un musulman, un arabe, un chiite, c'est du pareil au même. Nul besoin de craindre les journalistes curieux. Et quelques arrestations bien choisies, ou même de véritables attentats de type hollywoodien, pourraient servir de détonateur à l'agression.
Bien entendu, je rappelle que tout cela n'est qu'une pure hypothèse. On sera bientôt fixé.
Bibliographie :
Matthieu Anquez La Stratégie de l'Iran Tempora 2008
Robert Baer - Iran L'irrésistible ascension J-C Lattès 2008
Olivier Hubac/Matthieu Anquez L'enjeu afghan Versaille 2009
(La défaite interdite)
Laurence Louër Chiisme et politique au Moyen-Orient Autrement 2008
( Iran, Irak, Liban, monarchies du Golfe )
François Thual Géopolitique du chiisme arléa 2002
http://andreserra.blogauteurs.net/blog/
Cet article répond aux règles de la nouvelle orthographe
01:47 Publié dans économie, États-Unis, géopolitique, International, Moyen-Orient | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : obama, iran, guerre, moyen-orient, crise, amerique
23.08.2010
Deux sorties de crise en lice, et le yuan comme arbitre
Nous sommes sans doute à la veille d'évènements économiques considérables.
Le changement brutal de la politique de change monétaire de la Chine le laisse présager. En effet, jusqu'ici le gouvernement chinois refusait énergiquement de modifier sa politique de change qui, depuis 2008, consistait à maintenir une stricte constance du taux de conversion entre le renminbi (ou yuan) et le dollar. Il estimait que ce taux correspondait à une valeur correcte des deux monnaies, l'une par rappport à l'autre.
Personne, économiste ou institution, n'a d'ailleurs pu prouver le contraire. Je pense en effet que cela est strictement impossible d'un point de vue économique, et le déficit commercial abyssal que présentent les É-U à l'égard de la Chine ne constitue pas une preuve en soi de ce déséquilibre. On pourrait tout aussi bien prétendre que ce déficit résulte de la politique d'un dollar fort, entretenu artificiellement fort par les autorités étasuniennes, et que sa valeur ne reflète plus le poids réel de l'économie du pays, très largement exagérée par une opinion un peu trop traditionnelle.
Je me contenterai d'observer que les cambistes étasuniens ont la main haute sur la fixation des taux de change monétaires, et qu'ils sont fortement inspirés par les instances monétaires du pays. Ce phénomène emphatique est d'ailleurs analogue à celui des agences de notation, exclusivement étasuniennes, dont on a remarqué l'influence abusive tout au long de la récente crise financière grecque.
Mais avant de supputer les résultats de ce nouvel affrontement monétaire, considérons d'abord les stratégies de sortie de crise des deux blocs occidentaux, celle des É-U puis celle de l'UE. Elles sont diamétralement opposées.
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La stratégie étasunienne
Les É-U ont opté pour un retour forcé à la situation économique prévalant avant la crise, c'est-à-dire pour une accélération de la consommation appuyée sur des taux d'intérêt pratiquement nuls, et une injection continue de liquidité dans le système bancaire, ces deux éléments devant, dans leur esprit, inciter les consommateurs étasuniens à revenir à l'endettement "as usual". Tous les économistes soulignent l'ampleur du risque que présente cette stratégie, notamment en terme d'inflation.
Cette politique aurait des chances de réussite si elle pouvait effectivement susciter un dynamisme consommateur au sein de la population. Mais ce raisonnement est erroné.
Comme l'a montré avec aisance J. K. Galbraith dans son petit ouvrage sur " Les mensonges de l'économie " publié en 2004 chez Grasset, il n'y a pas de relation directe entre les variations du taux d'intérêt et celle de la consommation, contrairement à une théorie convaincante, mais sans réalité rationnelle. Elle n'est en fait qu'une croyance simpliste. Lorsqu'une entreprise emprunte, c'est parce qu'elle juge que l'argent emprunté va lui permettre de gagner de l'argent, et non parce que les taux d'intérêt sont bas. Il en est bien sûr de même pour les particuliers, lesquels peuvent aussi bien emprunter parce qu'ils craignent que les taux vont monter, que s'en abstenir parce qu'ils pensent que les taux vont encore baisser.
Ce type d'erreur est courant en économie, car cette discipline s'est muée depuis quelques dizaines d'années en une discipline mathématisée et rationalisée, alors que la matière économique est beaucoup plus riche d'éléments psychologiques et sociologiques que d'éléments rationnels. Depuis cette stupide évolution, l'économie a perdu sa fiabilité.
La politique de " retour à la case départ " a donc toutes les chances d'échouer. D'ailleurs les dernières informations du terrain nous indique la proximité imminente de l'échec. Dans les derniers mois de 2007, les consommateurs dépensaient en moyenne 2,5% de plus que leur revenu. Dès 2008, ils ont commencé à épargner pour payer leurs dettes, totalement paniqués à la pensée de connaître le sort des acheteurs de maisons à subprimes : saisies et expulsions.
Depuis un an, les consommateurs étasuniens se sont mis à épargner en moyenne 6 à 7% de leur revenu, bien que celui-ci se soit rétréci au fil des mois. Et pourtant les taux d'intérêt ne peuvent descendre davantage.
Cette politique d'abondance de liquidités ne va donc pas permettre aux É-U de sortir de la crise. Il va leur falloir trouver autre chose. " On ne peut faire boire un âne qui n'a pas soif ". C'est bien connu.
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Dans le fatras d'indicateurs que nous a amené la fin de la semaine passée, il en est un qui ne semble pas avoir retenu l'attention des économistes, et qui pourrait pourtant éclairer la suite des évènements de manière plus précise encore que les indicateurs sur l'emploi, la consommation, la construction immobilière et la balance commerciale des É-U.
Il s'agit de la hausse des investissements. Au second trimestre 2010, L'investissement des entreprises étasuniennes dans les biens d'équipements a augmenté de 21,9%, un record de 14 ans.
Or la consommation est en baisse aux É-U, et la production stagnante. Il est donc difficile de croire que les entreprises anticipent une augmentation future de leur production par des investissements productifs. Alors ?
Alors, ces investissements massifs ne peuvent se justifier que par le désir d'accroitre, non la production, mais la productivité. En effet, lorsque la consommation et donc la production décroit, le marché voit ses dimensions se réduire et attise une concurrence qui s'applique notamment sur les prix. Et qui dit baisse de prix dit également baisse de coût, et notamment baisse des frais de personnel, soit par une baisse des salaires, soit par une baisse des effectifs.
Déjà les entreprises ont, depuis deux ans, obtenu des sacrifices notables de la part de leur personnel. Mais mon sentiment est que ces investissements cachent une stratégie des entreprises dirigée vers des diminutions encore plus importantes de leurs effectifs dans les quelques mois qui viennent, le temps de mettre en place les matériels acquis. Disons à partir de septembre.
Nous allons sans doute assister à une nouvelle grande vague de licenciements d'ici la fin de l'année, suite à la mise en place d'une robotisation importante. Si mon pronostic se matérialise, nous allonc donc assister à la reprise de la progression du chômage. Si c'est le cas, on peut s'attendre à une nouvelle plongée de la consommation et un retour de la récession.
Nous sommes donc assez loin d'une sortie de crise par la consommation.
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La stratégie européenne
Pendant ce temps-là, les pays européens testent une autre solution pour sortir de la crise.
Moins dynamiquement, mais sans doute plut pragmatiquement, les pays de l'Union européenne ont entrepris sagement de payer leurs dettes. Pour le moment, ils réduisent drastiquement leurs dépenses budgétaires, derrière la Grèce, qui a bien failli trépasser sous une dette monstrueuse.
Suivant en cela la détermination allemande, mais fort loin des illusions cultivées de l'autre côté de l'Atlantique, l'Europe choisit donc de mordre sur sa chique plutôt que de poursuivre une politique d'expansion monétaire qui la conduirait tout droit vers une situation financière analogue à celle de l'Allemagne de Weimar en 1923.
C'est une politique fort courageuse, mais elle entrainera mécaniquement beaucoup de sacrifices dans la population. Les revenus diminuant, la consommation diminuera également, car des restrictions de crédit interviendront. Il en résultera des pertes d'emplois dans les entreprises, s'ajoutant à la réduction des emplois de fonctionnaires.
Si cette situation n'est pas contrôlée avec rigueur, il est possible que la chute de l'économie européenne dans une dangereuse déflation, en réaction à la diminution du pouvoir d'achat des familles, pourrait se produire et perdurer longtemps. Le comportement de la population jouera un très grand rôle. Si dans son ensemble elle se résout à l'effort, tout devrait bien se passer. Si c'est le contraire, l'éclatement d'importantes crises sociales est vraisemblable dans certains pays.
Il est en effet à craindre qu'une telle conjoncture puisse dériver vers une sévère crise de l'emploi. Or, il faudrait à tout prix pouvoir sauvegarder ce dernier afin de préserver la possibilité de retrouver la croissance, après la période qui s'écoulera nécessairement avant qu'une situation financière saine puisse être rétablie.
Cet effort devant être soutenu par la plupart des pays composant l'Union européenne, il risque de déboucher sur des difficultés de cohésion des actions. Le renforcement des pouvoirs et de l'autorité du président de l'Union ( Van Rompuy ) ainsi que de la BCE devrait être envisagé.
Ce qui me fait craindre des difficultés sur ce dernier point est la réaction négative de Londres, Paris et Berlin, à la récente proposition du Commissaire européen au Budget, le Polonais Janusz Lewandowski, d'envisager la création d'un impôt européen. Le produit de cet impôt ( à prélever sur des produits à définir, essence, transactions financières, etc... ) serait à déduire des contributions nationales directes au budget de la Commission de Bruxelles, et n'augmenterait donc pas les prélèvements fiscaux globaux. Ce premier impôt européen s'appliquerait à l'ensemble de la communauté sous l'autorité de l'Assemblée européenne de Strasbourg, pour financer le budget de la Commission de Bruxelles.
Le rejet de ce projet par les trois principales capitales de l'Union s'explique par leur refus de transférer à L'UE la moindre parcelle de la souveraineté des États composant l'Union. On est donc fort loin du consensus nécessaire pour sortir de la crise.
Au moment de la crise grecque, on avait d'ailleurs déjà pu percevoir la mauvaise volonté des membres de l'Union à pratiquer une politique de solidarité.
Le " chacun pour soi " va-t-il encore prévaloir cette fois-ci ?
On dirait qu'on est fort loin d'une véritable Europe, puissante et solidaire. Quel lamentable manque de discernement !
***
La problématique du yuan
Les autorités chinoises, après plusieurs journées de pression de la part des É-U et d'autres pays occidentaux pour que leur gouvernement relève le taux de change yuan / dollar, annoncèrent le 21 juin 2010 que ce taux serait progressivement assoupli, en fonction cependant de l'évolution de l'économie chinoise. Cette annonce a été faite à la veille du G20, de telle sorte que les membres de cette réunion se gardèrent bien de soulever la question.
Or, entre le 21 juin et le 13 août, soit près de deux mois après cette annonce, le $ n'avait perdu que 0,05% par rapport au YUAN, soit une revalorisation parfaitement négligeable. Cette perte était montée au maximum à 0,63$ le 9 août, à peine plus que le 13. Le tableau ci-dessous montre cependant une diminution sen
sible de la valeur du dollar par rapport aux autres principales devises.
Pour juin, de mauvais indicateurs du commerce extérieur des É-U annoncèrent un déficit commercial de 49,90 milliards de $ contre 41,98 en mai, soit une augmentation de 18,9% d'un mois sur l'autre. Le problème du taux de change du yuan en $ va donc inévitablement se reposer, mais en des termes quelque peu différents qu'à fin juin.
En effet, le surplus de la balance des paiements courants de la Chine est passé de 11% du PIB en 2007 à 6,1% en 2009, en raison notamment de fortes réévaluations des salaires au cours des dernières années, augmentant ainsi régulièrement les coûts des produits qu'elle exporte. Il en résulte que si le yuan pouvait sembler faible il y a encore quelques années, c'est de moins en moins le cas. Et, comme il est dans l'intention du gouvernement de continuer à relever progressivement les salaires chinois compte tenu de l'augmentation spectaculaire de ses exportations, il devient de moins en moins nécessaire pour lui de modifier le taux de change de sa devise.
En effet, l'excédent commercial chinois de juillet a été le plus élevé depuis 18 mois. C'est dire que la Chine a dépassé la crise depuis longtemps, la croissance de son PIB semblant parti pour retrouver cette année son taux de 12 à 13 % d'avant la crise. Ses exportations ont progressé de 38,1% par rapport à 2009, avec une forte augmentation vers les É-U et l'UE.
Par contre ses importations ont ralenti à une croissance de 22,7% en juillet, contre 34,1% en juin. C'est déjà très beau ! Il faut rappeler que des mesures bancaires ont été prises au cours de ces derniers mois pour éviter le surstockage, étant donné un emballement injustifié des prix. Cette diminution correspond donc sans doute à un début de déstockage. Pendant les trois mois de crise traversés par la Chine, les achats de matières premières s'étaient en effet accélérés pour profiter du fléchissement des prix intervenu pendant cette période.
De tout cela il résulte que l'opinion des économistes occidentaux et notamment de ceux du département du Commmerce des É-U devraient évoluer vers des prétentions moins excessives qu'au mois de juin.
Il semble maintenant que la balle soit dans le camp des É-U, en ce sens que s'ils désirent que les prix chinois augmentent, la solution ne se trouve plus dans la hausse du yuan par rapport au dollar, mais dans la baisse du dollar par rapport au yuan, ainsi d'ailleurs qu'à toutes les autres devises occidentales, car l'abondance des liquidités " fabriquées " par la FED depuis 18 mois, sans contrepartie d'une véritable richesse économique, ne justifie plus les taux actuels du dollar. Même si cela échappe encore à beaucoup d'observateurs, il n'est plus désormais possible de considérer le dollar comme une valeur-refuge.
Cette opinion est d'autant plus réaliste que les récents indicateurs économiques des É-U, très préoccupants, poussent la FED et le gouvernement à poursuivre les aides à la relance par l'injection de nouvelles liquidités. On attend d'ailleurs toujours que la FED présente un plan d'épongement de ces excès applicable après la sortie de la crise, dont le terme échappe encore à notre vision aujourd'hui.
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23.04.2010
Guerre des monnaies - Dollar contre Yuan - deuxième round
Il y a incontestablement une "guerre des monnaies" dans le monde depuis le début de la crise, je qualifierais ce qui s'est passé jusqu'ici de premier round pendant lequel des initiatives ont été lancées par différents pays pour démontrer, sous plusieurs motifs, la nécessité de remplacer le dollar dans son rôle actuel de monnaie internationale de paiement et de réserve, par une monnaie planétaire nouvelle qui serait, celle-ci, indépendante de tout État national particulier.
Après un rappel de ces initiatives en cours, je décrirai le second round, qui vient à peine de commencer.
1er round : Le lundi 19 novembre 2007, à Singapour, le premier ministre chinois Wen Jiabao, a montré qu'il était de plus en plus difficile de gérer
les 1 430 milliards de dollars (970 milliards d'euros) de réserves de change de la Chine, à cause de la devise américaine ( réserve se montant à 2600 milliards de dollars en avril 2010 ). " Nous n'avons jamais connu une pression aussi forte ", a-t-il déclaré, selon l'agence Reuters. " Nous sommes inquiets sur la manière de préserver la valeur de nos réserves ", a-t-il ajouté. La devise étasunienne avait perdu 5% contre le yuan depuis janvier 2007, et malgré toutes les promesses de Washington, il continuait, jour après jour, à perdre des plumes. C'était alors le tout début de la crise des subprimes, qui devait exploser quelques mois plus tard.
Dès cette époque, la Chine se mit à plaider dans chaque forum qu'il était grand temps de remplacer le $ comme monnaie de paiement et de réserve. Rapidement, cette information fit le tour du monde et tous les ministres des Finances de la planète commencèrent à plancher sur le sujet.
Au début, l'Amérique du Sud commença à étudier la création d'une monnaie unique entre les pays du Mercosur.
Puis, les pays du Golfe, voyant leurs revenus baisser sous l'effondrement des prix du pétrole, perte à laquelle s'ajoutait celle provenant de la chute continue du $, commençaient à leur tour à trembler, et se réunirent pour envisager la création d'une monnaie unique du Golfe. Le 9 avril 2008, les États membres du CCG (Conseil de Coopération du Golfe) décidèrent à Doha que le lancement de la monnaie du Golfe aurait lieu le premier janvier 2010. Cette date a été respectée, et la banque est en démarrage depuis le 1er janvier 2010. Au départ du projet, les participants étaient l'Arabie séoudite, Bahreïn, les Émirats arabes unis, le Koweït, Qatar et Oman. Depuis, Oman s'est retiré et le Koweït a lié sa monnaie à un panier de devises pour combattre son inflation.
Le Secrétaire général du CCG, Abdelrahmane al-Attiyah, décida que les gouverneurs des banques centrales calculeraient le taux de réévaluation des monnaies indexées jusque-là sur le dollar. La plupart des pays du Golfe ont été contraints de réduire leurs taux d'intérêt dans la foulée des baisses décidées par la Réserve fédérale américaine, pour lutter contre la spéculation sur leurs devises, bien que des hausses de taux soient jugées nécessaires pour juguler l'inflation.
Il est probable que d'autres États pétroliers viendront se joindre à cette nouvelle monnaie dans les années qui viennent, à mesure qu'elle prendra pied sur le marché international. Ses parrains disposent de revenus tellement importants qu'il est peu probable qu'elle échoue. Les clients des états du Golfe devront très rapidement transiger avec cette nouvelle monnaie pour leurs approvisionnements venant du Golfe Persique, éliminant ainsi le dollar pour ce type d'activité, mais les pays fondateurs de la nouvelle banque le conserveront sans doute encore comme monnaie de réserve, compte tenu de leurs importants placements dans la zone dollar.
Un autre projet de zone monétaire pointe à l'horizon à la suite de la création d'une zone de libre échange en novembre 2009 entre les 10 pays membres de l'ASEAN, la Chine, la Corée, le Japon, les Philippines, et l'Australie. Au cours de la réunion plénière, le Premier ministre de l'Australie,
Kevin Ruud (photo ci-contre) proposa que la zone de libre échange ainsi créée soit transformée en zone monétaire. Les participants trouvèrent l'idée intéressante, mais que l'adopter immédiatement risquerait de doubler les difficultés de réalisation du projet initial, et qu'il serait préférable de reprendre ce second projet lorsque le fonctionnement de la zone de libre échange aura été complètement mis en place. Il reste que cette initiative de l'Australie montre à quel point les esprits sont actuellement prêts à de profondes modifications des structures économiques du monde.
À mesure qu'autour du $ surgissaient des initiatives ayant pour but de lui ôter son statut de monnaie de réserve, les États-Unis comprirent que la menace de la Chine n'était pas vaine. Avant la réunion fondatrice des quinze pays du Pacifique Est de fin 2009, ils avaient traité ces initiatives par le mépris, argüant du fait que le $ était irremplaçable, et persuadés que leur hégémonie ne pouvait vaciller sur sa base.
Mais peu à peu la place du dollar comme monnaie de transaction et de réserve internationales s'effritait, car en parallèle, devant l'instabilité du cours du dollar, certaines entreprises se mirent à s'entendre entre clients d'un pays et fournisseurs d'un autre, pour commercer dans une monnaie plus stable, euro, livre, franc suisse, etc. Et alors qu'en 2002, le dollar entrait encore dans les paiements internationaux à hauteur de 72%, il ne dépassait déjà plus le taux de 64% en septembre 2007. La perte était déjà considérable, mais elle montre surtout une tendance de fond qui ne demande qu'à s'étendre, et qui le fera très certainement à petits pas. De nouvelles habitudes de paiement international s'installent peu à peu dans le monde en ce moment, au détriment du $.
Or, la place hégémonique du $ dans le monde était et est toujours essentielle pour l'économie des É‑U depuis le traité de 1944 signé à Bretton Woods, car plus de la moitié de son encours en billets est en fait détenu hors de son pays d'origine, outre le fait qu'en servant de monnaie internationale et de monnaie de référence, il procure au moins trois avantages déterminants aux É‑U, par rapport à toutes les autres monnaies, c'est-à-dire en fait à tous les autres États de la planète, qui subissent durement cette hégémonie.
Le premier de ces avantages est la possibilité d'émettre autant de monnaie qu'ils le décident, en cas de besoin, sans craindre d'effets de rétorsion de l'extérieur, tout excès d'émission étant tôt ou tard absorbé par les réserves de tous les autres pays du monde.
Le second est de pouvoir jouir de taux d'intérêt inférieurs pour leur économie en raison de ce privilège d'émission, sans craindre des effets à la baisse du cours du $ puisqu'il est la monnaie de référence. Il leur est donc possible de prêter à leur économie autant que de besoin ( c'est ce qu'ils n'ont pas arrêté de faire, à taux pratiquement nul, depuis le début de la crise ).
Le troisième est que l'ensemble des réserves en dollars détenues par toutes les banques centrales sont des dollars gelés, correspondant aux variations de la croissance internationale. La crainte des É‑U est forte que ces réserves ne se mettent à fondre progressivement si la crise amenait ces banques centrales à les vendre, pour racheter leur propre monnaie par exemple. Cela ferait sur les É‑U le même effet que la fonte de la banquise sur le climat de la planète.
C'est la raison pour laquelle ils tentent éperdument de relancer chez eux la croissance par tous les moyens, alors que c'est précisément cette croissance excessive qui a précipité la planète dans la crise. Mais ils n'en ont cure, car ils pensent que, par ce procédé, ils sortiront plus vite de la crise que les Européens et sauveront ainsi leur devise. On peut craindre qu'ils ne perdent alors, et la reprise, et leur monnaie, en raison du fait que leurs citoyens préfèrent continuer pour le moment à se désendetter plutôt qu'à consommer.
Et leur stratégie risque de tourner court, car ce pouvoir n'a aucune prise sur les États qui n'ont pas eu besoin de soutien en dollars des É-U ni du FMI au cours de cette crise. Et ça, c'est ce que l'on pourra sans doute appeler le bout du rouleau pour le dollar : que l'on puisse se passer de lui.
Il est donc crucial pour les É-U de freiner l'économie chinoise, qui a surfé sur la crise avec une rapidité et une efficacité auxquelles ils ne s'attendaient pas du tout. Ils ont alors pensé qu'ils y parviendraient en utilisant une stratégie monétaire, puisque c'est un axe qu'ils ont toujours utilisé lorsqu'ils avaient décidé d'amener un état à passer par ses exigences, politiques ou autres.
Mais les temps ont changé. Ce qui était n'est plus, et je crains pour les É-U qu'ils n'aient à passer cette fois par les fourches caudines d'autres pays.
***
C'est alors que les États‑Unis ont lancé le deuxième round :
Il a vraiment commencé en février 2010, lorsque le président Obama, délivrant son discours sur l'État de l'Union devant le Congrès des États-Unis, lui a lancé d'une voix forte qu'il n'accepterait jamais que les États-Unis perdent la première position dans le monde.
C'était en fait une déclaration de guerre à la Chine, sans tambour ni trompette. Quelles que soient les mesures que le gouvernement chinois prendra à l'égard du cours du Yuan, que celui-ci décide ou non de le hausser par rapport au dollar, il ne sera pas confié au marché. C'est une certitude, car il est exclu pour la Chine d'ouvrir l'accès à leur devise aux spéculateurs occidentaux. Et il aura raison, comme je l'explique à la fin de cet article.
Mais de toutes les manières, il est tout aussi certain que l'administration étasunienne va utiliser tous les moyens possibles pour freiner l'ascension de la Chine. Devant sa très rapide sortie de la récession, et l'allure actuelle de sa croissance que les prévisionnistes voient à 13% en 2010, les Étasuniens ne peuvent plus penser que ce pays est en voie de s'écraser à court terme, comme ils l'imaginaient ou le prévoyaient jusqu'ici.
Plus question de penser que son système bancaire n'est pas solide, car on en a fait la prévision depuis deux décennies, et il ne s'est rien passé. On avait dit que les Chinois se contentaient de copier les produits occidentaux, mais ils ont créé des designers en très grand nombre, qui, un jour prochain, dicteront la mode à la planète. On les croyait très loin de rivaliser avec les Étasuniens dans les différents domaines de la recherche, mais en 15 ans, le nombre de leurs chercheurs a rejoint celui des É-U. Parmi eux d'assez nombreux chercheurs chinois qui s'étaient expatriés aux É-U sont revenus dans leur pays après 15 ou 20 ans passés en Amérique.
Les Chinois ont pénétré des secteurs où ils ne se trouvaient pas encore il y a quelques années. Dans son numéro 1014 du 14 avril sur la Chine ( Un monde chinois ), Le Courrier International indique la liste suivante de ces domaines : composites, céramiques, polymères, cristallographie, ingénierie métallurgique, recherche agronomique, biologie moléculaire, génétique. L'article du Courrier souligne le fait que la Chine est en train de passer d'une économie industrielle à une économie du savoir, fondée sur les travaux de ses propres instituts de recherche.
On va donc certainement assister à une course poursuite intense de la part de l'administration d'Obama pour rester en tête, mais avec un taux de croissance entre 1 et 2% en 2010 si tout va bien, et 13% prévus pour la Chine, cela sera très difficile pour Washington. Les coups seront sans doute très durs de part et d'autre, dans tous les domaines.
Je ne crois cependant pas à une confrontation militaire, car les É-U y dépenseraient leurs dernières forces. C'est sur les terrains économiques et diplomatiques que cela se passera. Les deux camps ne vont pas tarder à compter leurs alliés et leurs forces.
***
À partir de son discours sur l'État de l'Union de février, Barak Obama n'eut de cesse d'accuser la Chine de manipuler sa monnaie, de telle sorte que les variations du yuan aillent toujours dans le même sens que le dollar. La méthode était extrêmement simple. Il suffisait que le yuan ait toujours, par rapport au $, un cours autour de 6,826 yuan pour un dollar. Et c'est le cas depuis environ deux ans. C'est en effet troublant !
L'homme de la rue, pas forcément versé dans les machinations des politiciens, pense immédiatement que le yuan est manipulé pour augmenter les exportations du pays, et évidemment tous les politiciens affirment haut et fort qu'il en est bien ainsi, sans jamais avancer le moindre raisonnement réellement économique pour le prouver. Cette fixité du yuan par rapport au $ prouve seulement qu'elle est incontestablement voulue par les autorités chinoises, mais ne prouve en rien que le Yuan est sous-évalué.
Bien entendu, ce n'est pas la bonne réponse, et ceci pour une raison évidente. Les Chinois, qui seraient bien plus subtils que ceux qu'on appelle « les Américains » parce que ça leur fait plaisir, avaient évidemment une tout autre idée derrière la tête quand ils ont décidé d'appliquer désormais un rapport fixe entre le yuan et le $, car si ça avait été le cas, à l'évidence ils auraient doté leur devise d'un ascenseur fou allant dans tous les sens, avec des cycles de hausse, d'autres de baisse, de manière à donner le tournis aux "hurleurs" de Wall street.
Or, pratiquer un cours fixe, ça ne peut être rien d'autre qu'une provocation délibérée à l'égard de Washington, portant un sens du genre, "viens par ici qu'on s'explique dans la ruelle". Et je ne doute pas une seule seconde que les Washingtoniens aient compris la même chose que moi. Ou alors, ils sont plus épais que je ne le pensais.
Mais c'est un peu court ! Le message n'est tout de même pas suffisant pour savoir comment y répondre. Il faut pouvoir lire entre les lignes ! Mais les Étasuniens ont sans doute pensé que l'occasion était trop belle, et qu'il fallait en profiter pour "planter" les Chinois et reprendre la main, sur le terrain même où ils les ont attaqués, le "$". Il leur a peut‑être semblé que les Chinois avaient fait là une sacrée bourde. Des bourdes, les Chinois ? Allons donc !
Les États-Unis, Président en tête, se sont alors mis à exploser de rage en s'exclamant dans tous les coins de la planète que la Chine manipulait sa devise à la baisse pour propager plus facilement sa "came de merde" chez eux, et qu'évidemment c'était pour ça qu'il y avait du chômage dans leur pays, qu'ils n'arrivaient plus à vendre leurs maisons, que leurs banques avaient fait faillite, et tout ça. Quoi que les Chinois aient réellement pensé, au moins ça permettait au gouvernement étasunien de soutenir que la crise, ça n'était de la faute de personne au pays, ni des banques, ni de la Fed, ni des traders, ni des Républicains, ni des Démocrates, ni de Bernanke, même pas de Greenspan, ni de Geithnert, et bien sûr, pas non plus celle du Président. C'était à l'évidence de la faute des Chinois, puisqu'ils venaient eux-mêmes imprudemment de dévoiler leur machination.
Donc, "haro sur le baudet" comme l'écrivit le bon La Fontaine, il importe que les Chinois malsains réévaluent leur yuan de m...., le plus rapidement possible.
Et comme si la planète occidentale était devenue une sorte de caverne de Platon, la même antienne se répercuta sur les parois virtuelles de cette grotte, en de multiples échos sortis de la bouche des meilleurs politiciens de la planète. "Réévaluez, manipulateurs !"
Comme chacun le sait, les gouvernants chinois se répandirent à leur tour en dénégations multiples, affirmant également haut et fort, que c'était à eux qu'il appartenait de fixer le taux de change de leur monnaie, et qu'ils ne cèderaient à aucune pression.
Le Président Obama demanda alors à la commission ad hoc du Congrès, de faire un rapport dont l'objet serait d'établir les preuves de la manipulation du yuan par le fauteur de troubles. Ce rapport devait être présenté à la Maison Blanche le 15 avril.
( entre nous, ça ressemble un peu à la demande de Bush à la CIA de lui fournir un rapport prouvant que Saddam Hussein possédait des armes de dissuasion massive - c'est une pratique habituelle de l'Oncle Sam )
Le Congrès devait remettre ce rapport le 15 avril. Mais finalement, quelques jours avant l'échéance, le Trésor américain ajournait sa remise, car le
Président devait recevoir son homologue chinois, Hu Jintao, dans le courant du mois d'avril, et que... il valait mieux le lui envoyer après son retour pour que leurs entretiens restent civilisés. Ça, c'est l'explication officielle. Mais comme je me méfie toujours un peu de ce qui parait normal, j'ai une autre explication : il n'y a peut-être rien dans le dossier du Congrès... qui permette d'affirmer que les Chinois manipulent leur monnaie !
J'ai fait une observation qui me mène à cette conclusion, et lui donne du sens. Tout le monde aura pu la faire aussi. Voilà. J'ai relevé les taux de sous-évaluation vraisemblables avancés par une quinzaine d'économistes, politiciens, journalistes (économiques) et autres fauves médiatiques. Les chiffres que j'ai relevés vont de 15% à 40%, en passant par 25% et 30%. J'ai même trouvé un économiste, dont j'ai perdu le nom, qui a conclu de ses calculs qu'en réalité le yuan était surévalué de 1% ! Et juste avant d'écrire le présent texte, je suis tombé sur un article du Monde du 17 avril citant Michel Aglietta, qui n'est certes pas le moindre des économistes français : « Le yuan est certes sous-évalué en termes réels, mais corrigé du niveau de vie, cette sous-évaluation est bien plus faible qu'on veut bien le dire, de l'ordre de 10%. » Comme quoi il n'y avait pas là de quoi fouetter un chat, même chinois !
Devant ces résultats disparates, Martin Wolf, le chroniqueur économique régulier du Monde, avait écrit le 13 avril dans le quotidien français, que si "les estimations de l'étendue de la sous-évaluation varient énormément : ... Cela résulte en partie du recours à des méthodologies différentes".
Admirez ! Voilà qu'en économie, si vous changez de méthode vous changez le résultat, et cela jusqu'à des différences de 30% ! Le Monde est dans de beaux draps avec Martin Wolf. Heureusement qu'il est britannique. Ça l'excuse. Soyons tolérants. C'est l'époque.
Il y a une autre manière de savoir si l'accusation de sous-évaluation du yuan est fondée. C'est en quittant le domaine des chiffres, toujours contestables, et en se fondant sur le seul bon sens. Sous-évaluer sa monnaie signifie dans une certaine mesure vendre au-dessous de son prix de revient, et par conséquent subir une perte ( en faisant du dumping ). Or, dans ce même article, Martin Wolf nous dit : "Après juillet 2008, date à laquelle l'appréciation progressive ( entamée trois ans plus tôt ) du yuan par rapport au dollar fut stoppée, les réserves chinoises se sont accrues de 600 milliards de dollars". C'est pas mal, un bénéfice de 600 milliards de dollars en 20 mois pour un pays qui fait du dumping en sous-évaluant sa monnaie. Mais Martin Wolf surfe sur cette information, qu'il nous fournit pourtant lui-même, et poursuit : Cela dit, la Chine manipule-t-elle la monnaie ? Oui. Pékin est intervenu à une échelle gigantesque pour maintenir son taux de change à un niveau faible. ( en fait, dans son article cette citation précède de quelques lignes ma citation précédente, mais ça ne change rien à l'affaire ).
Pour ma part, j'ai une autre interprétation du problème soulevé. Je pense tout simplement qu'il est impossible de calculer le résultat de ce concept (sous ou surévaluation), et que si on ne le peut pas, c'est tout simplement parce que ce concept ne repose lui-même sur rien de tangible économiquement parlant. Pourquoi ? Parce que le cours d'une monnaie dépend des données d'équilibre interne d'une économie donnée, et que c'est même la mission de la monnaie d'y veiller, en ayant un cours qui protège, établisse ou rétablisse l'équilibre interne du pays. Bien sûr, elle doit le faire en tenant compte de l'environnement monétaire international, mais sous cette réserve, elle n'a nullement à se préoccuper des autres monnaies du monde.
Rappelons-nous la formule attribuée au secrétaire américain au Trésor, John Connally , pendant les réunions de Washington en 1971, répondant aux Européens qui contestaient les décisions monétaires des É‑U : " The dollar is our currency and your problem " (Le dollar est notre devise et votre problème), ce qui voulait très clairement dire, " nous gérerons notre monnaie comme nous l'entendons ; à vous de vous débrouilliez avec les conséquences qui peuvent en résulter pour vous ". Hé bien, Hu Jintao, le président de la Chine, pourrait rendre la pareille aux É‑U en disant à Obama : "Le yuan est notre monnaie et votre problème".
Par conséquent, de l'avis même de cet américain de haut vol, John Connally, c'est au pays considéré qu'il appartient de fixer les cours de sa devise, et non de la livrer à la meute des boursicoteurs et des spéculateurs sur un marché des changes, comme si la monnaie était une marchandise comme une autre, ce qui est faux, et surtout irréaliste.
C'est en effet faire une double spéculation : spéculer à la fois sur l'action que l'on désire acheter et sur la monnaie avec laquelle on va l'acheter. Absurde !
Ce sont les théoriciens de la mondialisation qui ont voulu et réussi à marchandiser les monnaies en les faisant évaluer sur des marchés des changes, faisant ainsi des devises de simples actifs qu'on peut acheter et vendre, comme n'importe quelle autre marchandise.
Avant ce nivèlement des outils économiques, il y a à peu près trente ans, les cours des devises étaient fixés par le gouvernement de chaque pays, en fonction de l'équilibre économique INTERNE du pays. Et ils restaient fixes, tant que cet équilibre restait, lui aussi, stable. Le grand avantage était que les entreprises n'avaient pas besoin, comme aujourd'hui, de se couvrir en devises lorsque les marchés conclus portaient sur des périodes assez longues.
Les modifications de cours se faisaient en général en concertation avec les présidents des autres banques centrales, soit en dévaluant, soit en réévaluant les cours de la devise. Généralement, d'autres États profitaient de l'occasion pour rectifier leurs propres devises, le même jour.
Beaucoup d'économistes d'aujourd'hui n'ont pas connu cette époque ou l'ont oubliée.
Mais, revenons à la situation actuelle.
***
La Chine fonctionne donc selon cet ancien système, très supérieur à celui que nous vivons aujourd'hui. Il est possible que son engagement à l'OMC l'oblige à laisser flotter sa monnaie. Mais je ne l'ai pas vérifié, et je n'en suis pas du tout certain. Personnellement, je pense que cette exigence serait de toutes les façons une erreur.
En effet, pour un État, laisser flotter sa monnaie ce serait la laisser aller à la dérive de la spéculation. À cet égard, je rappellerais la célèbre spéculation opérée sur la livre sterling par George Soros, que tout le monde connait bien :
Le 16 septembre 1992 (mercredi noir), George Soros vendit à découvert 10 milliards de livres sterling, pariant donc sur la baisse de la monnaie britannique. Par cette opération, il provoqua une telle pression sur la livre que la Banque d'Angleterre sortit sa devise du Système Monétaire Européen et eut bien du mal à résoudre cette situation.
Voilà ce qui peut arriver dans le système actuel, où les monnaies flottent, à la merci de tout spéculateur bien avisé. Il est intolérable qu'un simple individu puisse "escroquer" un État, grand ou petit, en ayant comme seul objectif de s'en mettre plein les poches. Ce fut d'ailleurs le cas au cours de ces dernières semaines dans la crise financière grecque. Goldman Sachs, la plus grosse banque des É‑U, a joué les obligations grecques à la baisse, en supposant que l'euro allait s'effondrer. La BCE a demandé à la Fed d'intervenir, ce qu'elle a probablement fait, car les attaques se sont arrêtées ( comme par hasard, Goldman Sachs vient d'être mis en accusation par la SEC pour une fraude de un milliard de dollars ).
Il est inadmissible qu'une opération aussi malsaine soit possible. Cela découle d'un vice profond des théories mondialistes dans le domaine économique. Personnellement, je trouve donc tout à fait acceptable la position de la Chine en la matière, c'est-à-dire ne pas laisser flotter librement sa monnaie.
Une autre anomalie, issue elle aussi des théories économiques mondialistes est à déplorer, dans un champ cousin de celui de la monnaie. Cette anomalie porte sur la protection des économies nationales.
En effet, la position de la Chine peut parfaitement altérer l'économie d'États qui transigent avec elle, dans la mesure où le protectionnisme est interdit par l'OMC, sinon en engageant des procédures interminables auprès de cet organisme. Ici encore la mondialisation, telle qu'elle a été conçue, aboutit à l'incapacité des États d'agir sur la structure économique de leur propre pays pour la protéger, sinon en rusant et de manière détournée.
En l'occurrence, les États-Unis ont violé cette règle en appliquant des droits d'entrée aux pneus et à d'autres objets en provenance de Chine. Elle n'aurait pas dû le faire avant d'en avoir reçu l'accord de l'OMC. Finalement, la position chinoise ne serait-elle pas "la réponse du Prince à la Princesse" ?
Je voudrais conclure sur une hypothèse. Admettons que pour calmer le jeu, la Chine accepte de remonter le yuan de 40%. Alors, toutes ses statistiques intérieures, calculées évidemment en yuan, se trouveraient majorées de la réévaluation du yuan lorsqu'elles seraient converties en dollars pour leur diffusion planétaire, comme c'est la mode puisque le dollar est devenu l'unité de compte des statistiques mondiales. Le PIB de la Chine exprimé en dollars serait alors réévalué lui aussi de 40%. De telle sorte que son PIB qui est équivalent aujourd'hui à la moitié de celui des É‑U serait alors à peu près égal aux trois quarts de celui-ci. Je ne pense pas qu'Obama apprécierait beaucoup que la Chine se soit rapprochée aussi vite de la première place dans le monde, en matière de Produit intérieur brut.
Je vous laisse plancher sur cette hypothèse et ses conséquences.
Il reste que les raisons de ce que j'appelais "la provocation de la Chine" au début de cet article ne sont pas clarifiées pour autant. J'ai le sentiment que nous devrions en savoir davantage dans les semaines qui viennent à ce sujet. Je ne formule cependant aucune hypothèse là-dessus. Pour le moment, je suis dans le noir.
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07:20 Publié dans Chine, économie, États-Unis, géopolitique, International | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : yuan, dollar, sous-évaluation, chine, asean, etats-unis, reserve, obama, soros



